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"Home" : un film gratuit très payant
En finançant le film écolo du photographe Yann Arthus-Bertrand,
l'industriel Pinault s'est fabriqué pour pas cher une image de meilleur ami de la planète...

À partir de ce vendredi 5, bienheureux celui qui pourra échapper au matraquage médiatique de - Home , le film de l'hélicologiste Yann Arthus-Bertrand. Un film gratuit ! Pour sauver la planète ! Entièrement vu du ciel î Et qui, rappelons-le au passage, a généré pius de 1 500 tonnes de CO2. Pour offrir du gratuit, il faut un mécène. Le coproducteur Luc Besson l'a trouvé : c'est François-Henri Pinault, le patron du groupe PPR (Pinault Printemps Redoute). Il a injecté 10 des 12 millions du film. Quelle générosité ! Quel écolo, ce Pinault !
Sauf que... en 2008, PPR a fait 875 millions de bénéfice net. « Home » ne lui coûte donc que 1,14 % de ce bénef Et, question com', c'est une bonne affaire : le sigle PPR figure sur toutes les affiches du film. Et toutes les marques de luxe maison, Gucci, Yves Saint Laurent, les bijoux Boucheron, Balenciaga, les chaussures Sergio Rossi, etc., se sont mises en ordre de bataille pour vendre de l'estampille « Home ».

Pour les dames qui voudront sauver la planète en escarpins, il faudra débourser 370 euros pour porter ceux, « à base de bois liquide » (?), du chausseur italien Sergio Rossi (PPR). Les eco-warriors de la rue du Faubourg-Saint-Honoré pourront arborer les tee-shirts en coton bio Yves Saint Laurent ou Gucci (PPR) facturés 140 euros. Les petites gens trouveront des tee-shirts moins chers à La Redoute. Bonus : si le film est proposé en accès libre sur Internet, le DVD, lui, est payant (à prix coûtant). Tout comme les livres édités par La Martinière, l'heureux éditeur de « La Terre vue du ciel », que la Fnac (PPR) distribuera en rafale. « Home », c'est bon pour l'image maison.

Fauteuils empoisonnés

Surtout pour un groupe dont les enseignes grand public, Fnac, La Redoute, Conforama, n'ont jamais vraiment fait dans la protection des grenouilles. La Fnac ne vend que des produits high-tech énergivores et générateurs de déchets électroniques.

Les trois cents magasins Conforama importent de Chine l'écrasante majorité de leurs meubles (bravo la facture énergétique). Mieux, c'est cette enseigne qui a récemment fourgué à pas moins de 38 000 clients des fauteuils chinois potentiellement empoisonnés au diméthylfumarate. Vachement écolo... Quant à La Redoute, pour assurer son service clé, le 24 heures chrono, elle fait rouler 100 à 400 poids lourds par jour, selon les commandes, et plus de 700 véhicules utilitaires, qui desservent 27 agences. Ça en fait, du CO2 qui réchauffe la planète...
Mais, depuis qu'il a signé un chèque à Yann Arthus-Bertrand, PPR s'est converti à la révolution écologique. « II y a eu un avant et un après », chuchote-t-on au sein du groupe. Avant, c'était de nombreux transports pour acheminer des marchandises suremballées et consommatrices d'énergie. Après, c'est la même chose, mais avec l'intention affichée de faire mieux. L'an dernier, PPR a fait calculer les émissions de CO2 de quatre sites, entre boutiques et plates-formes logistiques : Conforama, La Redoute, la Fnac, Yves Saint Laurent. En 2007, ces sites ont émis près de 400 000 tonnes de CO2, dont 89 % imputables aux transports. Pour réduire cet énorme impact, ça phosphore : en projet, un programme de nouvellement de la flotte de véhicules utilitaires et de fonction, l'optimisation informatique du remplissage des conteneurs (Fnac), le transport de marchandises par les fleuves (Conforama). Et, pour finir, la compensation des émissions incompressibles. Depuis septembre dernier, Conforama finance ainsi la plantation de 10 hectares de forêts en Isère, une compensation dont les effets se feront sentir dans trente ans au bas mot. La planète est sauvée.

Professeur Canardeau

Article du Canard enchaîné du 3 juin 2009
http://www.lecanardenchaine.fr/

Blé vert
C'est Good Planet, l'ONG de Yann Arthus-Bertrand, qui va rafler la mise. Toutes les marques de PPR vendant des produi» estampillés « Home » lui reverseront une part des bénéfices. L'association loi 1901 profite d'ailleurs de l'occasion pour procéder à un changement de statut. Grâce à la bienveillance de MAM, qui doit bientôt signer le décret, elle va devenir une fondation d'utilité publique. Statut qui lui permettra d'accepter les legs et les dons de particuliers. Rappelons que Good Planet a réinventé le système des indulgences : ceux dont la conscience souffre d'émettre trop de CO2 peuvent faire mouliner un « écocalculateur » qui leur indique le montant de la somme compensatoire à verser à l'association, laquelle financera une bonne action écolo, genre « cuiseur solaire dans les fours andins ». En 2008, Good Planet a brassé plus de 5 millions d'euros, venus principalement de BNP Paribas et de la compagnie Air France. Des amis de la planète, eux aussi...
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