> Rodrigo Diaz de Vivar
22 mars 2005, par guigui
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Las Mocedades del Cid
Nous sommes à Séville, en Espagne, au Moyen-Âge. Chimène et le jeune Rodrigue sont épris l’un de l’autre. Mais ce monde brutal et sans merci où règne un impitoyable code d’honneur précipite leur destinée. Le comte de Gormas, le père de Chimène, insulte gravement le père de Rodrigue, un homme devenu trop vieux pour se défendre lui-même. Rodrigue, pour sauver l’honneur de son père, et même si cela signifie renoncer à Chimène, décide de provoquer le comte en duel. Or, Rodrigue ne s’est jamais battu et Gormas est le plus formidable homme d’armes du royaume. Et pendant ce temps, les Maures s’apprêtent à attaquer Séville.On ne sait pas la date exacte de la première du Cid au Théâtre du Marais (Paris) au début de janvier 1637. On sait que le succès est renversant. La pièce est inspirée par un héros espagnol du IXe siècle, très présent dans la littérature de ce pays. Mais c’est une pièce écrite par Guillén de Castro en 1618, Las Mocedades del Cid (les Enfances du Cid), qui sert de source à Corneille. Rappelons qu’à l’époque, l’influence de la littérature espagnole était, en France, très importante. La pièce oppose l’honneur et l’amour. Pour Rodrigue, s’il se venge, il perd Chimène. Mais s’il ne se venge pas, il la perd aussi, car Chimène ne peut aimer un homme sans honneur. Chimène vit elle aussi un dilemme : si elle aime Rodrigue, elle méprise son honneur, mais si elle le hait, elle méprise l’honneur même.La pièce, bourrée de péripéties, appartient à un genre très en vogue en France dans les années 1630 et 1640 : la tragi-comédie. Ce genre flou, aux règles mal définies, met en scène des personnages issus du monde romanesque (plutôt que de l’histoire antique ou de la mythologie pour les tragédies). Ces personnages sont jetés dans des histoires passionnelles où l’amour et la vengeance ont une fonction importante. Finalement, l’action n’aboutit pas nécessairement à la mort des protagonistes.En 1660, Corneille révise le texte et 324 vers sur un total de 1 865 sont différents (soit 17% du texte : ce n’est pas rien). Si la version révisée comprend plusieurs vers plus beaux que ceux de la version de 1637, c’est celle-ci qui est la plus vivante. Corneille, vieillissant, a tenté de faire entrer dans le moule classique une pièce qui ne l’était pas tout à fait, retirant une partie de la fougue et de l’audace qui avaient créé son succès original. C’est cette première version (où certains vers plus forts de la version révisée de 1660 ont été intégrés) qui a servi de base à la mise en scène de Serge Denoncourt. Car le vrai Cid, celui qui a changé le cours du théâtre, celui qui a provoqué la querelle, celui qui a définit l’avenir du classicisme français, celui qui a triomphé, c’est celui de 1637.
"El Cantar de mío Cid", chanson de geste
Vers 1142, un jongleur de Medinaceli compose à la gloire du Cid une chanson épique, en vers non isosyllabiques, selon une technique qui rappelle les plus vieilles chansons françaises. C’est un chef-d’œuvre. Son originalité ne réside pas seulement dans les qualités littéraires de l’aède, sa ferveur et la netteté de son expression ; l’ouvrage est aussi remarquablement adapté aux circonstances historiques contemporaines et aux sentiments profonds de son public.La matière est divisée en trois chants : l’exil (avec les adieux du Cid à sa famille et la guerre contre les Catalans) ; les noces des filles (avec la prise de Valence et la visite de la famille) ; l’affront de Corpes (les filles battues et répudiées par leurs époux, princes de la cour de León, qui sont condamnés par la Cour de justice ; en guise de bref épilogue, le remariage des filles dans des familles royales).Les femmes, on le voit, tiennent dans le poème une place très importante : notre guerrier modèle montre le plus grand souci de leur aisance matérielle et de leur élévation sociale. Tout se passe comme si, s’adressant à un public aristocratique, le jongleur faisait la leçon aux seigneurs devant les dames sur leurs devoirs d’époux et de pères de famille. Il est beaucoup question aussi de Léonais orgueilleux et justement humiliés par de braves Castillans : voudrait-on soulever les passions des infançons de Castille contre la faction des grands seigneurs de la Cour qui, en 1142, jouissait de la faveur du roi Alphonse VII comme elle jouissait déjà, du temps du Cid, de celle d’Alphonse VI ? Et puis, l’insistance sur la richesse et la fertilité des terres de Valence prend sa pleine signification lorsqu’on sait que le parti léonais infléchissait alors vers le Midi et Almeria la politique extérieure du royaume, réservant aux Aragonais et aux Catalans le royaume musulman de Valence en guise de zone d’influence. Enfin le jongleur souligne l’absolue fidélité du Cid à son souverain, en dépit des rebuffades, des vexations et des injustices qu’il met au compte, non d’Alphonse, mais des médisants, ses mauvais conseillers. Au total, c’est, sous une forme hautement poétique, toute une conception de la société que l’aède propose idéalement à ses auditeurs en 1142, sous le couvert du récit prétendument objectif des prouesses d’un héros vénéré, présent encore dans toutes les mémoires. Il en ressort que le vassal doit jouir d’une indépendance totale dans ses entreprises guerrières, pourvu qu’il fasse hommage de ses conquêtes au roi, son suzerain ; et le roi doit lui en savoir gré et écarter les poltrons, pour grands qu’ils soient, de son conseil ; il revient au roi-arbitre de faire régner la justice entre ses sujets, de condamner les méchants et de marier honorablement les filles de ses vassaux fidèles.Pour corroborer ces vues idéales, le poète n’hésite pas à fausser les données de l’histoire. Il concentre les prouesses de son héros en quelques épisodes significatifs, et il fait arbitrairement d’Alvar Fañez – l’un des moins mauvais chefs de guerre d’Alphonse VI – le bras droit du Campeador dans toutes ses campagnes. La raison en est simple. Alvar Fañez était tenu, en 1142, pour la souche du clan castillan à la cour d’Alphonse VII, tandis que les odieux infants de Carrión, premiers gendres du Cid selon le poème, étaient les aïeux et les parents du clan léonais.Le grand érudit espagnol R. Menéndez Pidal a restauré la vieille chanson de geste à partir de sa copie de 1307, signée de Per (Pedro) Abad. Il a même su lui conférer une nouvelle actualité en 1898, au cours d’une crise qui affecta profondément la vie nationale outre-Pyrénées. Historien médiéviste, il a voulu utiliser ce poème comme document historique ; et certes, le menu détail des lieux et des personnes mentionnés montre que l’auteur s’inspirait de sources ou de souvenirs exacts et précis : El Cantar de mío Cid nous éclaire sur les conditions réelles de l’affrontement entre la Chrétienté et l’Islam, pour la période qui va de 1080 à 1150, au sud de l’Èbre. Sans doute le jugement de valeur de R. Menéndez Pidal porte-t-il témoignage de sa fierté nationale et de sa foi religieuse, au demeurant bien espagnoles. Mais l’érudit sait souligner aussi les beautés littéraires du texte.On a souvent comparé El Cantar de mío Cid à La Chanson de Roland . L’œuvre est sans doute plus rustique, moins chargée d’artifices ; mais elle est aussi profondément enracinée dans la vie affective de la communauté dont elle est l’expression et à laquelle elle s’adresse. Elle est peut-être même plus vibrante, plus sincère, plus spontanée.
Le Cid Campeador, le « seigneur qui gagne les batailles », est le surnom sous lequel s’est immortalisé Rodrigo Diaz de Vivar. Il appartient à l’histoire.
1043, naissance de Rodrigo Diaz, fils du seigneur de Vivar (près de Burgos). Il prend part, a vingt ans, à la bataille de Graus où Ferdinand Ier, son suzerain, vainc Ramire Ier, roi d’Aragon.
Le jeune roi de Castille Sanche II lui confie le commandement de ses troupes, qui écrasent celles d’Alphonse VI, son frère cadet, roi de León, il a vingt-deux ans.
Sanche le Castillan est un chef de guerre dont l’armée est agressive, insoucieuse des intérêts de la communauté au contraire d’Alphonse le Léonais qui se veut exploiter "raisonnablement" les vassaux de ses terres, dont la prospérité lui importe. Alphonse perd sa couronne, est exilé à Tolède auprès du roi musulman, et Sanche règne en Castille et en León, sauf à Zamora où domine leur sœur Urraca. Sanche, avec Rodrigo Diaz de Bivar, assiège Zamora. Il est assassiné (1072).
Alphonse revient et prend les deux couronnes. Mais Rodrigo exige de lui le serment de Sainte-Agathe par quoi Alphonse assure la troupe castillane de sa totale innocence. De cette exigeance nait l’inimitié qui va opposer Alphonse, devenu empereur de toutes les Espagnes, au vassal et maître d’armes, le Campidoctor. Rodrigue est banni. Avec quelques vassaux et compagnons, il forme une troupe, dont il monnaie les services auprès du roi musulman de Saragosse, alors harcelé par les troupes du roi d’Aragon et du comte de Barcelone.
L’intolérance religieuse, les ambitions territoriales et les exigences financières d’Alphonse rendaient la situation intenable aux princes espagnols musulmans qui tenaient le sud et l’est du pays. Ils font appel aux Almoravides, venus des confins sahariens du Maroc. Alphonse est vaincu en 1086 à Sagrajas. Le Cid parvient à rétablir l’autorité de l’empereur dans la région de Valence et participe, avec ostentation, à une campagne royale sous les murs de Grenade. Le roi, jaloux, le bannit à nouveau.
Rodrigue prend Valence en 1094. Les Almoravides tentent de la reprendre, ils sont vaincus. Rodrigue étend ses conquêtes, installe la religion chrétienne au cœur de la ville. Il marie ses filles, l’une dans la maison royale de Navarre, l’autre dans la maison comtale de Catalogne. Il meurt en 1099. Chimène tient la ville jusqu’en 1102. Les Castillans, abandonnés à eux-mêmes, succombent enfin aux assauts des Africains. Quand ils se retirent, ils emportent avec eux le cadavre du Cid.
Le Cid et Chimène reposent au sein de la cathédrale de Burgos.