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INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12




INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12




DOCUMENTS

véridique lumière ces historiettes sur « la base » dépossédée et commandée de haut. La participation d'individus autonomes a été notre exigence constante, quoique pas toujours atteinte par les capacités réelles d'un certain nombre. Dans une première période, il y eut effectivement, sur la base d'un accord très général, une complète autonomie, non seulement en pratique mais dans les conceptions mêmes de ce que l'I.S. pouvait devenir, de nos divers groupes nationaux, quoiqu'ils n'aient pas exactement coïncidé avec les tendances en présence. Ces groupes eux-mêmes changèrent sans qu'il y en eût jamais plus de trois à mener simultanément une activité effective, (le plus souvent en Allemagne, France et Hollande). Le Conseil Central fut établi, à la Conférence de Londres, comme un conseil de délégués, se réunissant tous les deux ou trois mois pour coordonner l'activité de nos groupes, et n'ayant aucune sorte d"existence en dehors de ces réunions. Quoique nommés par la Conférence, les délégués furent quelquefois remplacés avant une réunion par d'autres membres envoyés par leur groupe. Un vif débat eut lieu dans l'I.S., à partir de la Conférence de Gôteborg, qu'il serait un peu trop simplificateur de qualifier d'opposition entre les « artistes » et les « révolutionnaires », mais qui recoupait largement un tel affrontement. La discussion théorique fut longue et extrêmement démocratique, mais à la fin des manifestations absolument divergentes dans la pratique, la rupture de toute solidarité et le reniement d'engagements précis de la part des « artistes » - qui cependant voulaient rester dans l'I.S. et la compromettre tout entière par leurs propres choix -, entraînèrent leur exclusion en 1962. A ce moment la sixième Conférence, à Anvers, constata qu'une unification théorique cohérente


s'était accomplie. Dès lors, la question fut posée de dissoudre ce Conseil Central, qui ne fut finalement gardé que pour marquer le rattachement à l'I.S. réelle des camarades qui combattaient en Scandinavie l'imposture publicitaire des nashistes, prétendant encore quelque temps représenter l'I.S. dans les galeries de peinture et les journaux de Stockholm. Dès que le nashisme eût disparu, personne ne fit plus jamais mention de ce Conseil Central, qui fut formellement supprimé sans discussion, en 1966 à la Conférence de Paris. L'I.S. après 1962 avait écrit qu'elle se considérait comme un seul groupe uni, quoique plusieurs camarades fussent géographiquement dispersés en Europe, et l'essentiel de l'activité de ce groupe s'organisa en France, où paraissait la revue qui fut sa principale publication (et qui cessa donc, dès son numéro 9, de porter le sous-titre « bulletin central »). Notre perspective était naturellement de reformer, à partir des bases atteintes par ce groupe cohérent, des sections nationales ayant une réelle activité autonome. La première ébauche, en Angleterre, s'effondra au moment même où elle devait commencer à exister en tant que groupe (cf., ici même, la note Les dernières exclusions). C'est seulement en 1968-1969 que l'I.S. s'est retrouvée formée de sections nationales, éditant chacune une revue (il va donc de soi qu'il n'y eut jamais de « groupe de Strasbourg », mais seulement quelques membres de l'I.S. dans cette ville jusqu'au début de 1967).
L'I.S. au moment de sa 8e Conférence, quoique comprenant des camarades d'une dizaine de nationalités - nos sections étant elles-mêmes internationales dans leur composition - est organisée en quatre sections seulement : américaine, française, italienne, Scandinave.



RAISONS D'UNE RÉÉDITION

Depuis mai, l'affirmation erronée qui a peut-être été le plus répétée dans les livres et les journaux concerne l'influence qu'aurait eue la « pensée » d'Henri Lefebvre sur les étudiants révolutionnaires, du fait de son livre, effectivement assez lu, La Proclamation de la Commune. Nous nous limiterons à quelques exemples. Anzieu-Epistémon écrit dans Ces idées qui ont ébranlé la France : « L'ouvrage d'Henri Lefebvre. paru il y a trois ans, et qui a sans doute le plus marqué les étudiants de Nanterre, voit dans la Commune de Paris, en 1871, la démonstration de la spontanéité populaire créatrice, etc. » Une note du chapitre VII du livre de Schnapp et Vidal-Naquet avance que « le livre d'Henri Lefebvre, La Proclamation de la Commune, Paris, Gallimard, 1967 (en réalité: 1965) qui définit la révolution comme une fête, exerça une indiscutable influence ». Et dans Le Monde du 8 mars 1969 J.-M. Palmier déclare : « Un des livres qui a le plus marqué les étudiants, c'est l'ouvrage d'Henri Lefebvre sur la Commune de Paris. Il y a montré la toute-puissance de la spontanéité populaire )). A côté de cela, toutes sortes de commentateurs ont cru devoir avancer que les situationnistes doivent « beaucoup » à Lefebvre. On lit aussi bien, dans Le Monde du 26 juin 1968 réloge des esprits originaux qui, dans la revue Utopie, ont commencé la critique révolutionnaire de l'urbanisme, et on cite l'idée de base de leur maître Lefebvre, écrivant dans Métaphilosophie en 1965 : « Ce que l'on nomme couramment "urbanisme" ne serait-il pas autre chose qu'une idéologie?... »

Si Lefebvre, qui est une sorte de géant de la pensée par rapport aux roquets d'Utopie, a mélangé de l'urbanisme à toutes les questions qu'il agite en vrac dans la dizaine de pesants volumes qu'il a produit depuis cinq ou six ans, c'est seulement pour en avoir entendu parler dans Internationale Situationniste : il l'a d'ailleurs écrit lui-même dans Introduction à la modernité, page 336 (Editions de Minuit, 2e trim. 1962) ; et pourtant il n'arrive pas souvent que cet auteur avoue des sources de ce genre. Et, par exemple, la phrase citée plus haut découle modestement de la première phrase d'un article d'I.S. n° 6 (p. 16) en août 1961 : « L'urbanisme n'existe pas : ce n'est qu'une « idéologie », au sens de Marx... ».

Quant aux thèses sur la Commune, qui auraient eu une si vaste influence, peu de commentateurs ignorent qu'elles viennent de l'I.S., mais ils espèrent que leurs lecteurs, eux, ne le savent pas. Longtemps avant la parution de son ouvrage historique, Lefebvre en avait publié les positions fondamentales dans l'ultime numéro de la revue Arguments, au début de 1963. L'I.S. avait alors diffusé le tract Aux poubelles de l'Histoire, qui révélait un plagiat vraiment démesuré.

Notons que ce tract ne fut jamais démenti par personne ; Lefebvre avouant alors en chaire qu'il avait cru pouvoir se servir de notre texte, même dans la revue Arguments, et qu'il regrettait ce « malentendu ». Comme ce document était devenu depuis très longtemps introuvable - mais non pour autant oublié, puisque les Enragés à Nanterre commencèrent à saboter les cours de Morin-Lefebvre avec le cri « aux poubelles de l'histoire ! » -, nous avons pensé qu'il serait bon de le remettre en circulation maintenant. Le voici reproduit en fac-similé. On jugera aisément à sa lecture des truquages faits et refaits à tout instant par les spécialistes en place pour cacher la pensée révolutionnaire qui» en la circonstance, était celle de l'I.S.



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