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INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



des petits tas maoïstes, trotskistes, guévaristes - prouve à odeur de nez ce que la droite, et en particulier socialistes et staliniens, avait subodoré depuis longtemps les revendications partielles contiennent en soi l'impossibilité d'un changement global. Mieux que de combattre un réformisme pour en cacher un autre, la tentation de retourner la vieille ruse comme une peau de bureaucrate apparaît, par bien des aspects, comme une solution finale du problème des récupérateurs. Cela implique le recours à une stratégie qui déclenche l'embrasement général à la faveur de moments insurrectionnels de plus en plus rapprochés ; et à une tactique de progression qualitative où des actions, nécessairement partielles, contiennent toutes, comme condition nécessaire et suffisante, la liquidation du monde de la marchandise. Il est temps de commencer le sabotage positif de la société spectaculaire-marchande. Tant que l'on gardera pour tactique de masse la loi du plaisir immédiat, il n'y aura pas lieu de s'inquiéter du résultat.

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Il est facile, à seule fin d'exemple et d'émulation, d'évoquer ici quelques possibilités, dont la pratique des travailleurs libérés montrera vite l'insuffisance en toute occasion - ouvertement dans la grève, plus ou moins clandestinement dans le travail - inaugurer le règne de la gratuité en offrant aux amis et aux révolutionnaires des produits usinés ou stockés, en fabriquant des objets-cadeaux (émetteurs, jouets, armes, parures, machines à usages divers), en organisant, dans les grands magasins, des distributions « perlées » ou « sur le tas » de marchandises ; briser les lois de l'échange et amorcer la fin du salariat en s'appropriant collectivement des produits du travail, en se servant collectivement des machines à des fins personnelles et révolutionnaires ; déprécier la fonction de l'argent en généralisant les grèves de paiements (loyer, impôts, achats à tempéraments, transports, etc.) encourager la créativité de tous en mettant en marche, même par intermittence mais sous seul contrôle ouvrier, des secteurs d'approvisionnement et de production, et en regardant l'expérience comme un exercice nécessairement hésitant et perfectible ; liquider les hiérarchies et l'esprit de sacrifice, en traitant les chefs patronaux et syndicaux comme ils le méritent, en refusant le militantisme ; agir unitairement partout contre toutes les séparations  ; extraire la théorie de toute pratique, et inversement par la rédaction de tracts, d'affiches, de chansons, etc.

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Le prolétariat a déjà montré qu'il saurait répondre à la complexité oppressive des Etats capitalistes et « socialistes » par la simplicité de l'organisation exercée directement par tous et pour tous. Les questions de survie ne se posent à notre époque qu'à la condition préalable de n'être jamais résolues ; au contraire, les problèmes de l'histoire à vivre se posent clairement à travers le projet des conseil ouvriers, à la fois comme positivité et comme négativité ; autrement dit, comme élément de base d'une société unitaire industrielle et passionnelle, et comme anti-Etat.

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Parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir séparé de la décision de leurs membres, les conseils ne tolèrent d'autre pouvoir que le leur. Encourager partout les manifestations d'anti-Etat ne peut donc se confondre avec la création anticipée de conseils, ainsi privés de pouvoir absolu sur leurs zones d'extension, séparés de l'autogestion généralisée, nécessairement vides de contenu et prêts à se farcir de toutes les idéologies. Les seules forces lucides qui puissent aujourd'hui répondre à l'histoire faite par l'histoire seront les organisations révolutionnaires développant, dans le projet des conseils, une égale à faire conscience de l'adversaire à combattre et des alliés à soutenir. Un aspect important d'une telle lutte s'annonce sous nos yeux avec l'apparition d'un double pouvoir. Dans les usines, les bureaux, les rues, les maisons, les casernes, les écoles, s'esquisse une réalité nouvelle, le mépris des chefs, sous quelque nom et dans quelque attitude qu'ils aboient. Il faut désormais que ce mépris atteigne son aboutissement logique en démontrant, par l'initiative concertée des travailleurs, que les dirigeants ne sont pas seulement méprisables, mais qu'ils sont inutiles, et qu'on peut, de leur point de vue même, les liquider impunément.

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L'histoire récente ne va pas tarder à se manifester, dans la conscience des dirigeants comme dans celle des révolutionnaires, sous la forme d'une alternative qui les concerne les uns et les autres : l'autogestion généralisée ou le chaos insurrectionnel ; la nouvelle société d'abondance, ou la désagrégation sociale, le pillage, le terrorisme, la répression. La lutte dans le double pouvoir est déjà inséparable d'un tel choix. Notre cohérence exige que la paralysie et la destruction de tous les modes de gouvernement ne se distingue pas de la construction des conseils : l'élémentaire prudence de l'adversaire devrait, en bonne logique, s'accommoder de ce qu'une organisation de nouveaux rapports quotidiens vînt empêcher l'extension de ce qu'un spécialiste de la police américaine appelle déjà notre "cauchemar" de petits commandos d'insurgés surgissant des bouches de métro, tirant des toits, usant de la mobilité et des ressources infinies de la guerilla urbaine pour abattre les policiers, liquider les serviteurs de l'autorité, susciter des émeutes, détruire l'économie. Mais nous n'avons pas à sauver les dirigeants malgré eux. Qu'il nous suffise de préparer les conseils et d'assurer leur autodéfense par tous les moyens. Lope de Vega montre, dans une de ses pièces, comment des villageois, excédés par les exactions d'un fonctionnaire royal, le mettent à mort et répondent tous aux magistrats chargés de découvrir le coupable, par le nom du village « Fuenteovejuna ». La tactique « Fuenteovejuna », dont usent envers les ingénieurs mal avisés beaucoup de mineurs asturiens, a le défaut de s'apparenter trop au terrorisme et à la tradition du watrinage. L'autogestion généralisée sera notre « Fuenteovejuna ». Ce n'est plus assez qu'une action collective décourage la répression (que l'on juge de l'impuissance des forces de l'ordre si, lors des occupations, les employés d'une banque dilapidaient les fonds), il faut encore qu'elle encourage, dans le même mouvement, le progrès vers une cohérence révolutionnaire plus grande. Les conseils sont l'ordre face à la décomposition de l'Etat, contesté dans sa forme par la montée des nationalismes régionaux, et dans son principe par les revendications sociales. Aux questions qu'elle se pose, la police ne peut répondre qu'en estimant le nombre de ses morts. Seuls les conseils apportent une réponse définitive. Qu'est-ce qui empêche le pillage ? L'organisation de la distribution et la fin de la marchandise. Qu'est-ce qui empêche le sabotage de la production ? L'appropriation des machines par la créativité collective. Qu'est-ce qui empêche les explosions de colère et de violence ? La fin du prolétariat par la construction collective de la vie quotidienne. Il n'y a d'autre justification à notre lutte que la satisfaction immédiate de ce projet ; que ce qui nous satisfait immédiatement.

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L'autogestion généralisée n'a, pour se soutenir, que l'essor de la liberté vécue par tous. C'est bien assez pour inférer dès maintenant de la rigueur préalable à son élaboration. Une telle rigueur doit caractériser dés maintenant les organisations conseillistes révolutionnaires ; inversement, leur pratique contiendra déjà l'expérience de la démocratie directe. C'est ce qui va permettre de serrer de plus près certaines formules. Ainsi, un principe comme « l'assemblée générale est seule souveraine » signifie aussi que ce qui échappe au contrôle direct de l'assemblée autonome ressuscite en médiations toutes les variétés autonomes d'oppression. A travers ses représentants, c'est l'assemblée toute entière, avec ses tendances, qui doit être présente à l'instant de décider. Si la destruction de l'Etat interdit essentiellement que se répète la plaisanterie du Soviet Suprême, encore faut-il veiller à ce que la simplicité d'organisation garantisse l'impossibilité d'apparition d'une néo-bureaucratie. Or, précisément, la richesse des techniques de télécommunications, prétexte au maintien ou au retour des spécialistes, permet le contrôle permanent des délégués par la base, la confirmation, la correction ou le désaveu immédiat de leurs décisions à tous les niveaux. Télex, ordinateurs, télévisions appartiennent donc incessiblement aux assemblées de base. Ils réalisent leur ubiquité. Dans la composition d'un conseil - on distinguera sans doute conseils locaux, urbains, régionaux, internationaux -, il sera bon que l'assemblée puisse élire et contrôler une section d'équipement, destinée à recueillir les demandes en fournitures, à dresser les possibilités de production, à coordonner ces deux secteurs ; une section d'information, chargée de maintenir une relation constante avec la vie des autres conseils ; une section de coordination, à qui il incombe, à mesure que les nécessités de la lutte le permettent, d'enrichir les rapports intersubjectifs,

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