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INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



Et, toujours pour nier que l’I.S. ait dit par avance quelque vérité sur la proximité d’une nouvelle époque du mouvement révolutionnaire, R.I., qui ne veut pas du tout que cette époque soit nouvelle, demande ironiquement comment donc l’I.S. peut prétendre avoir prévu cette crise ; et pourquoi il a fallu attendre justement cinquante ans après la défaite de la révolution russe. « Pourquoi pas trente ou soixante-dix ? » dit platement notre critique. La réponse est bien simple. En mettant même de côté le fait que l’I.S. voyait d’assez près la montée de certains éléments de la crise (et par exemple à Strasbourg, à Turin, à Nanterre), nous n’avons pas prévu la date, mais le contenu. Le groupe de Révolution Internationale peut fort bien être en désaccord total avec nous quand il s’agit de juger

le contenu du mouvement des occupations, comme il est plus généralement en désaccord avec la compréhension de son époque, et donc avec les formes d’action pratique que d’autres révolutionnaires ont pu commencer à ressaisir. Mais si nous méprisons le groupe de Révolution Internationale et ne voulons pas avoir de contact avec lui, ce n’est pas pour le contenu de sa science théorique un peu défraîchie, c’est pour le style petit-bureaucrate qu’il est amené, sans problème, à adopter pour la défense de ce contenu. Ainsi la forme et le contenu de ses perspectives sont en accord, et sont datés des mêmes tristes années.

Mais par ailleurs, l’histoire moderne a créé les yeux qui savent nous lire.

Jugements choisis

concernant l’I.S. et classés
selon leur motivation dominante

La bêtise

Les « enragés » représentent une trentaine d’étudiants qui se veulent « situationnistes », « super-anarchistes », pratiquant une éthique « révolutionnaire » que le fantaisiste Pierre Dac a résumée dans une formule fort célèbre - vieille de plus de trente ans : « Contre tout ce qui est pour, pour tout ce qui est contre. » Avec l’humour en moins et le genre beatnik en plus (...) Le premier chapitre s’intitulait : « Rendre la honte plus honteuse encore en la livrant à la publicité. » De la belle eau apportée au moulin du Doyen Grappin ! Certains étudiants, dans leur volonté destructrice, tiennent-ils absolument à ce que la Faculté soit considérée comme un vaste lupanar ?

Alain Spiraux,
Noir et Blanc (7-3-68).

Enfin et surtout, il y a les enragés, les « situationnistes », ceux qui sont décidés à exploiter la manifestation et à créer des incidents graves. Ce sont les plus dangereux, mais ils ne sont pas nombreux, une demi-douzaine environ, barbus et chevelus. Il faut y ajouter leurs égéries. Certaines ont payé très cher leur appartenance aux situationnistes. L’une d’elles, étudiante en lettres, 18 ans, après s’être droguée, a avalé en janvier un tube de gardénal ; résultat : trois semaines d’hôpital et un traitement psychiatrique qui dure encore.

Paris-Presse (30-3-68).

M. Max-Étienne Schmitt, recteur de l’Université de Nantes-Angers (...) a son explication : « Les situationnistes de Strasbourg, c’est moi qui en ai hérité. Le climat n’est pas catastrophique : on a dix-sept perturbateurs, mais c’est décourageant. »

Combat (24-4-68).

La majorité des étudiants désapprouvait les excès des enragés et réclamait sur l’air des lampions la reprise des cours qu’ils perturbaient. Mais elle ne s’est jamais opposée, d’une façon positive, par des mesures concrètes, à aucune des initiatives de ces extrémistes. Elle était en effet fascinée par la représentation théâtrale improvisée qui se jouait à bureaux ouverts sur le thème de la perte du pouvoir par les professeurs. C’était une sorte de happening permanent (...) La présence d’un groupe situationniste n’avait pas été étrangère à tout cela.

Épistémon,
Ces idées qui ont ébranlé la France (Fayard, 3e trimestre 1968).

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