Jugements choisis
concernant l’I.S. et classés
selon leur motivation dominante
Les « enragés » représentent une trentaine d’étudiants qui se veulent « situationnistes », « super-anarchistes », pratiquant une éthique « révolutionnaire » que le fantaisiste Pierre Dac a résumée dans une formule fort célèbre - vieille de plus de trente ans : « Contre tout ce qui est pour, pour tout ce qui est contre. » Avec l’humour en moins et le genre beatnik en plus (...) Le premier chapitre s’intitulait : « Rendre la honte plus honteuse encore en la livrant à la publicité. » De la belle eau apportée au moulin du Doyen Grappin ! Certains étudiants, dans leur volonté destructrice, tiennent-ils absolument à ce que la Faculté soit considérée comme un vaste lupanar ?
Alain Spiraux,
Noir et Blanc (7-3-68).
Enfin et surtout, il y a les enragés, les « situationnistes », ceux qui sont décidés à exploiter la manifestation et à créer des incidents graves. Ce sont les plus dangereux, mais ils ne sont pas nombreux, une demi-douzaine environ, barbus et chevelus. Il faut y ajouter leurs égéries. Certaines ont payé très cher leur appartenance aux situationnistes. L’une d’elles, étudiante en lettres, 18 ans, après s’être droguée, a avalé en janvier un tube de gardénal ; résultat : trois semaines d’hôpital et un traitement psychiatrique qui dure encore.
Paris-Presse (30-3-68).
M. Max-Étienne Schmitt, recteur de l’Université de Nantes-Angers (...) a son explication : « Les situationnistes de Strasbourg, c’est moi qui en ai hérité. Le climat n’est pas catastrophique : on a dix-sept perturbateurs, mais c’est décourageant. »
Combat (24-4-68).
La majorité des étudiants désapprouvait les excès des enragés et réclamait sur l’air des lampions la reprise des cours qu’ils perturbaient. Mais elle ne s’est jamais opposée, d’une façon positive, par des mesures concrètes, à aucune des initiatives de ces extrémistes. Elle était en effet fascinée par la représentation théâtrale improvisée qui se jouait à bureaux ouverts sur le thème de la perte du pouvoir par les professeurs. C’était une sorte de happening permanent (...) La présence d’un groupe situationniste n’avait pas été étrangère à tout cela.
Épistémon,
Ces idées qui ont ébranlé la France (Fayard, 3e trimestre 1968).