rocbo menu
Les briseurs de caténaires font dérailler la justice
Canard enchainé du 19 novembre 2008 page 3
« Dès mon arrivée au ministère de l'Intérieur,j'ai souligné les risques d'une résurgence violente de l'extrémisme radical. » Sur l'air du « Je vous l'avais bien dit », MAM se pousse du col, mardi 11 novembre, après l'arrestation des jeunes soupçonnés de sabotage à la SNCF. Dati félicite « les magistrats et les enquêteurs ». Quant à Sarko, entre deux refontes du capitalisme mondial, il se réjouit « des progrès rapides et prometteurs obtenus ».

Quelle belle prise ! Neuf « terroristes » d'un coup. Presque trop beau. Et un peu vite ficelé.

Car s'il est vrai, comme l'a dit MAM, qu'il y a des « éléments convaincants », aucune preuve matérielle n'a été avancée. Les flics qui filochaient les suspects se sont retrouvés non loin d'une voie ferrée sur laquelle, le lendemain, un sabotage a été découvert. Trois autres membres du groupe ont été, eux aussi, repérés près du lieu d'un incident. Mais, pour l'instant, les inspecteurs n'ont trouvé que des outils, un peu de documentation sur le réseau ferré et les caténaires, des coupe-boulons et, bizarrement, deux gilets pare-balles. Pas d'armes, pas d'explosifs. Un peu court pour des clandestins auxquels la justice reproche d'avoir agi par intimidation et terreur » ces termes figurent dans l'article du Code pénal utilisé contre eux. « Une procédure en totale démesure par rapport aux faits », s'indigne leur avocate, Irène Terrel.

Drôles de « clandestins » qui tenaient le café de leur village. L'un d'eux est président du comité des fêtes. Le journal « La Montagne » a publié un reportage sur cette petite bande. Bonjour les hommes de l'ombre ! Quant à la littérature subversive trouvée chez eux, le bouquin « L'insurrection qui vient » est en vente dans des librairies parfaitement respec tables.

L'idée d'arracher des caténaires pour faire avancer l'humanité vers des lendemains qui chantent n'est sans doute pas la meilleure.

Mais un acte d'une grande stupidité ne fait pas un grand criminel. La hâte avec laquelle ce groupe, à le supposer coupable, a été assimilé à la bande à Baader, à Action directe, voire à Ben Laden, témoigne d'une étrange confusion dont ne peuvent se réjouir que les terroristes, les vrais. La SNCF reconnaît elle-même que les actes imputés à ces jeunes gens sont certes coûteux, mais ne mettent aucune vie en danger.

Avec un bel ensemble, la presse a salué l'exploit policier, et révélé que le leader du groupe avait été repéré dans une réunion d'anars, aux Etats-Unis.
Voilà bien la preuve qu'il s'agit d'un réseau international ! Le jour de leur arrestation, à 6 heures du matin, les caméras de télé étaient déjà là. Un événement à ne pas manquer. Les grosses caisses des médias ont rythmé l'air de la victoire.

Il a fière allure, notre nouvel ennemi intérieur. Et le parquet antiterroriste qui redore son blason avec ce coup inespéré fait ainsi oublier que, dans une certaine région insulaire de France, des dizaines d'attentats à l'explosif font partie du bruit de fond. Mais du moment que les trains circulent...

Brigitte Rossigneux