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Les signes de correction en typographie

Le rôle du correcteur ou du préparateur de la copie est de corriger d’abord l’emploi du français, l’homogénéité des notations, abréviations, etc., le respect des usages typographiques (emploi de l’italique ou des capitales par exemple), la micro-typographie (usage des espaces, choix des fontes, etc.) sans oublier le respect de la maquette (justification, renfoncements, etc.). Les erreurs dues au compositeur ne sont finalement qu’une infime partie de celles relevées par un correcteur ! C’est cette méprise qui fait que les correcteurs sont souvent mal compris.

Sur l'épreuve, le correcteur signale les fautes en indiquant :
– dans la colonne du texte lui-même l’endroit où faire la correction (à l’aide de signes comme « / » qui veut dire « à la place du signe barré », « /–/ » qui veut dire « à la place des signes barrés » , etc.
– dans la marge (ici colonne de droite) la correction à faire ; celle-ci reprend le signe de localisation suivi de la modification à faire : des lettres ou signes indiquent les caractères à insérer ou remplacer, ou indiquent d’autres actions (retourner un caractère, supprimer un ou plusieurs signes, permuter un ou plusieurs signes, etc.).

Dès le Ve siècle, les copistes signalent qu’une lettre a été écrite par erreur. Cette suppression se faisait soit par un point placé au-dessus de la lettre à supprimer, soit plutôt par un point dans un cercle ouvert. Ce signe est devenu le signe indiquant qu’une lettre ou un mot est douteux ; c’est la cruphie, cryphie ou cryphia
selon Paput. D’autres signes étaient également employés, par exemple des petits traits (") pour indiquer les inversions, des croix, des astérisques, etc.

Au XIIIe siècle, selon Jean Vezin, le développement des universités nécessita de multiplier les copies (peciae, pièces) d’un même texte original, appelé exemplar. Une commission était chargée de s’assurer de l’intégrité de l’exemplaire et de sa correction et laissait une indication sur la copie (corr.).

Au XIVe siècle c’est à voix haute et avec l’aide d’une tierce personne qu’un auteur relit son œuvre :
Pétrarque veut faire éditer ses Bucoliques. Il en fait faire plusieurs exemplaires, et son ami Boccace l’aide à en faire la correction : il lit tout haut l’exemplar, et Pétrarque corrige.

Quand on vérifie à deux l’intégrité d’un texte « à risques » (par exemple écrit par un académicien, par le propriétaire du journal... le premier intervenant, le « correcteur », lit à haute voix l’épreuve (on dit qu’« il chante la copie ») ; le second, le « teneur de copie » (les vieux ouvrages de typo nous disent qu’il s’agissait d’un « enfant »... un apprenti, sans doute), écoute et signale les bourdons, doublons et autres anomalies. Eh bien ! Pour gagner du temps et lever des ambiguïtés, les ponctuations sont « prononcées » selon un rite :
– point d’exclamation : « clame » ;
– trait d’union : « div » ;
– point d’interrogation : « rogue »
– points de suspension : « suce » ;
– guillemet : « guille » ;
– parenthèses : « ouvre » ou « ferme », etc.
Donc le bout de phrase « le métro (inventé par Bienvenüe !...) » se lit « le métro ouvre inventé par Bienvenüe cap couilles clame suce ferme ».

J. D. Rondinet, 26 janvier 1998.

Texte d'après Jacques ANDRÉ
Petite histoire des signes de correction typographique
Cahiers GUTenberg n˚31 - décembre 1998

Texte intégral de l'article en PDF (ici)

Typographie
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