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Notes tironiennes

Les « Notes tironiennes » sont un système d’écriture sténographique en usage dans la Rome antique, dont l’invention remonterait à Tiron, secrétaire de Cicéron. Ce système aurait survécu tel quel jusqu’à l’époque carolingienne. Les Latins ont disposé, dès l’époque classique, d’un système permettant de noter les paroles «au vol». C’est grâce à ce procédé qu’auraient été recueillis les discours prononcés au Sénat et, à l’époque des Persécutions, les Actes des martyrs (c’est-à-dire les procès-verbaux de leurs interrogatoires). Mais rien n’a survécu de cette époque, excepté peut-être une des tablettes de Vindolanda. Si on excepte cet unique vestige, on ne saurait vraiment dire à quoi ressemblaient les signes utilisés. Il est plus que probable que ces notes antiques n’avaient qu’une ressemblance éloignée avec les exemples tardifs dont nous disposons.

Les premiers de ces exemples datent de l’époque barbare. On les trouve au bas de diplômes ou contrats émis par les chancelleries où l’on s’est efforcé de perpétuer les usages de l’administration romaine. Dans la plupart des cas, il s’agit de mentions extrêmement brèves attestant que le document a été écrit, souscrit, ou validé par tel ou tel, sur ordre de tel ou tel autre ; plus rarement d’une brève analyse de l’acte.

Il faut attendre la fin du VIIIe siècle pour disposer d’un ensemble de notes consistant. Il est avant tout représenté par un énorme glossaire intitulé Commentarii notarum tironianarum , où commentarius a le sens d’ « interprétation », c’est-à-dire de transcription en clair.
C’est à la diffusion de ce recueil qu’on doit le spectaculaire développement des notes. Ce corpus inventorie 12000 signes environ, regroupés en chapitres plus ou moins thématiques.

Un texte intégralement transcrit en notes tironiennes est le Psautier. Ce choix n’est pas un hasard : la tradition en fait le manuel pour l’apprentissage de la lecture. Le but de l’opération était sans doute à la fois de fournir un manuel d’initiation à la lecture des notes (à partir d’un texte déjà connu par coeur), et d’établir un modèle officiel de cette écriture. Il a existé une réelle volonté de diffuser l’emploi du système tironien : le capitulaire de Charlemagne (Aix-la-Chapelle, 789), mentionne les notes parmi les disciplines auxquelles tout jeune clerc doit être initié ; un manuel scolaire pour l’apprentissage des notes (Xe siècle), montre que cette prescription n’est pas restée lettre morte.

C’est aux alentours de 1950, que les mystères de l’écriture usuelle des Romains ont été percés, il est désormais possible d’analyser la façon dont les composants alphabétiques tironiens dérivent de l’écriture courante. Denis Muzerelle donne à ces composants élémentaires le nom de glyphons.

Les lettres de l’écriture latine sont constituées d’un certain nombre de traits, tracés dans un certain ordre et dans un certain sens. Dans la pratique, le tracé tend à se ramener à deux temps. De ces deux temps, la graphie tironienne ne retient que le plus significatif, et fait en sorte que son tracé lui permette de s’enchaîner avec l’élément suivant.
En comparant le B et le D, on constate que la partie « escamotée » (en grisé) correspond à celle que ces deux lettres ont en commun. De même en observant R et M, O et Q ...

Le cas du glyphon T (T1) est un peu plus complexe : il est impossible de le faire dériver directement de la forme « naturelle » de cette lettre (T2), mais dans une forme particulière, qui n’apparaît qu’en liaison avec la lettre précédente (T3).

Un bel exemple de glyphon issu d’une ligature de l’écriture usuelle avec Te. Ce glyphon composite dérive directement d’une forme usuelle de ligature du T avec le E qui suit. Dès lors, on comprend mieux comment le glyphon qui vaut normalement T en est venu à représenter la conjonction et qui correspond à l’élément médian de la ligature E + T. [...]

Noms des douze mois de l'année en notes tironiennes et en clair

Ianuarius

Maius

September

Februarius

Iunius

October

Martius

Iulius

November

Aprilis

Augustus

December

(extraits d'un fragment d'un dictionnaire joint à un psautier)


Évolution de l'Esperluette

1

Ancienne cursive Romaine, calame, 131 de notre ère.

2

Nouvelle cursive Romaine, milieu du IVème siècle.

3

Nouvelle cursive Romaine, vers 346 de notre ère.

4

Tiré d'un manuscrit (St. Hilarius), datant d'avant 509.

5

Tiré d'un manuscrit (St. Maximus), VIIème siècle.

6

Minuscule Carolingienne, 810.


D'après l'article « Les notes tironiennes » du site aedilis.irht.cnrs

Articles connexes
- La sténographie
- Les short message service (SMS)
- Voir aussi Le braille abrégé

Ci-dessus : Psautier de Wolfenbüttel

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