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Les ligatures

Une ligature est la fusion de deux graphèmes d’une écriture pour n’en former qu’un seul nouveau, considéré ou non comme un caractère à part entière. La ligature peut donner naissance à un digramme. Dans une écriture bicamérale, un digramme lié se distinguera d’un digramme simple par la majusculisation : si les deux caractères doivent être en majuscule capitale et le reste en bas-de-casse, c’est bien une ligature. Sinon, c’est un digramme simple.
Il existe deux types principaux de ligatures :
- les ligatures esthétiques, optionnelles, ne s’utilisent que pour améliorer la lisibilité
- les ligatures linguistiques, qui sont obligatoires.

Les ligatures sont parfois anciennes et peuvent tenir à la nécessité du gain de place sur un matériau qui coûte cher. En Europe, les manuscrits médiévaux sont riches d’abréviations de natures diverses, parmi lesquelles de nombreuses ligatures.
Il existe d’autre part des caractères qui sont d’anciennes ligatures, esthétiques ou non, mais ne sont plus sentis comme tel.

Le & : l’esperluette est à l’origine une ligature esthétique de « et » servant d’abréviation. Son inventeur serait Tiron, auteur de la première méthode de sténographie décrite, les notes tironiennes. Elle est devenue un véritable logogramme, au même titre que les chiffres dits « arabes » : selon sa langue, on la lira et, y, and ou encore und. L’esperluette a été considérée comme la 27e lettre de l’alphabet jusqu’au xixe siècle. C'est un des rares caractères à avoir le même sens dans de nombreuses langues.

Le @ : l’arobase remonte à la graphie onciale de la préposition latine ad liée pour servir d’abréviation. Son nom provient de l'arroba, unité de mesure en usage en Espagne et au Portugal (entre 11,5 et 15 kg selon les régions) et qui était désignée par la notation abrégée @. Ce terme vient de l'arabe désignant un quart de quintal.
Cette graphie « se développe entre les iiie et ive siècles ». Il s'agirait d'une ancienne ligature latine pour ad (« près de », « à », « chez »). C'est au Moyen Âge que les moines copistes l'auraient utilisée pour la première fois. Il est utilisé sur Internet principalement dans les adresses de courrier électronique comme séparateur entre le nom d'utilisateur et le nom du domaine de messagerie.

Le Æ : æ se rencontre principalement en islandais, danois et norvégien. Dans ces trois langues, elle est classée séparément, en tant que lettre individuelle dans l’ordre alphabétique. C’est un emprunt à une ligature d’abord apparue en vieil anglais au viiie siècle pour noter le son /æ/ de cat : les scribes anglais ne pouvaient pas, avec les seules lettres latines, écrire ce son absent du latin. Cette ligature a été nommée ash d’après le nom de la rune servant au même phonème.
En français, quelques rares mots savants ou expressions latines lexicalisées se servent de æ, prononcé /e/ (comme œ, du reste) : cæcum, (ad vitam) æternam, (curriculum) vitæ, ex æquo et cætera, le prénom Lætitia d’origine latine.
Bien que relativement rare, la ligature æ peut ne pas être confondue avec la suite de lettres ae, présente dans des mots comme paella. Il convient donc, dans une composition typographique soignée, de bien différencier les deux. On la classe en même temps que les mots en ae, à la manière des autres digrammes (ch, ge, gn, etc.). Cette ligature n’est pas réellement linguistique en français. Elle est presque purement esthétique et s’utilise surtout dans les textes latins. Elle devrait être évitée pour les pluriels du type supernova / supernovæ : en effet, ce terme est lexicalisé depuis assez longtemps pour que l’on se passe d’un pluriel latin.

Le Œ : le e dans l’o, noté Œ en capitale et œ en minuscule, est une ligature utilisée dans le latin médiéval et moderne, ainsi qu’en français, en anglais et en vieux norrois. En latin, elle a été utilisée pour les emprunts de mots grecs. On devrait, normalement, écrire en latin les deux voyelles séparément, mais la ligature a été utilisée dans les textes médiévaux et plus anciens. En français, l’utilisation de la ligature œ n’est pas esthétique mais linguistique, : œ et oe ne se lisent pas de la même manière (ex : cœlacanthe ~ coefficient). Notons que si le digramme œu français se prononce [ø] ou [œ], les œ des mots provenant du grec devraient se prononcer [e] (œsophage : « ésophage », Œdipe : « Édipe », œstrogène : « éstrogène », etc.) ; l’usage courant, sans doute sous l’influence des mots courants d'origine latine - œil, œuf, bœuf, etc.- préfère la plupart du temps [ø], mais pas dans tous les cas (fœtus, cœlacanthe). La seule règle de prononciation est celle de l’étymologie latine ou grecque .

Le ß : l'eszett est une lettre utilisée actuellement principalement en allemand, également dénommée scharfes dans cette langue. Elle représente vraisemblablement une ligature de ss utilisée sous certaines conditions. ß ne doit pas être confondu avec la lettre grecque bêta en minuscule dont elle est complètement indépendante. Aussi, ß a la particularité parmi les caractères latins de ne pas avoir de capitale (elle n'est donc pas bicamérale).
Cette ligature du s long suivi d’un s rond a acquis le statut de graphème

Le W : bien que ce graphème soit une lettre simple, historiquement, c'est une ancienne ligature, d’où son nom, « double v ». La réunion de deux v (ou de deux u puisqu’il faut attendre le xvie siècle pour que l’on commence à distinguer v et u, la première étant normalement une capitale, la seconde une minuscule) semble être une invention des scribes médiévaux anglais, lesquels n’avaient pas de graphème pour noter le /w/ de leur langue (le vieil anglais, en l’occurrence). En effet, u servait déjà à la voyelle /u/ (on remarque que les Romains n’ont pas eu ces scrupules puisque /u/ et /w/ s’écrivaient dans leur langue au moyen de la même lettre, V).

Le Y : dans les anciens manuscrits, deux i consécutifs étaient, pour des raisons de lisibilité, écrits ij. Le i ne nécessitant pas à l’époque de point suscrit, la ligature «y» s’imposa plus tard.

D'après l'article « Ligature (typographie) » de wikipedia
Voir aussi le Cahier GUTenberg 22

Autres ligatures
- les « ligatures esthétiques » issues des manuscrits anciens, sont encore présentes dans certaines casses, même informatiques, pour conserver le ductus de lettres traditionnellement liées par les copistes ; les plus célèbres sont les « ct » et « st » du Garamond, bien connues des lecteurs de la collection la Pléiade.
- les ligatures «techniques» relèvent de problèmes mécaniques. Leur origine est souvent liée au plomb – mais le problème est toujours présent avec les caractères numérisés ; dans un traité de typographie de 1947 précise : « Les lettres doubles fl, fi, ff, ffl, ffi, sont fondues ensemble, parce que la bouclette supérieure en saillie de la lettre f rencontrant le point de la lettre i ou l’extremité supérieure de la lettre l occasionnerait par pression latérale la rupture d’une de ces deux partie, peut-être des deux, et conséquemment, outre un aspect fâcheux, la perte de ces lettres mutilées »
Nota : les correcteurs orthographique peuvent être mis en difficulté par les ligatures du type « esthétique » ou « techniques ».

LIGATURES &
CARACTÈRES CONTEXTUELS

Introduction
Vous avez dit « ligature » ?
La typographie de la Bible de Gutenberg
Le Didot a-t-il besoin de ligatures ?
Noeuds & esperluettes
Ligatures & informatique
Tour du monde des ligatures
Ligatures & bâtardes bourguignonnes
Ligatures & calligraphie assistée par ordinateur
Postface

Cahier GUTenberg 22
septembre 1995

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