rocbo menu

N°16 p58 nov-déc 2008

Rigidité cadavérique
Necron par Roberto Raviola (dit Magnus) est-il un zombie ?

«Jouir sans interruption, c’est ne jouir de rien
Paul Henri Dietrich baron d’Holbach

Magnus (surnom de Raviola) fut de son vivant, un auteur considéré en France avec une certaine inappétence en dépit de la virtuosité de son dessin et la richesse de son oeuvre. La faute en incombe aux esthètes du neuvième art pour lesquels la bande dessinée populaire est synonyme de vulgarité. Aujourd’hui, sans doute grâce à la réédition de Necron (Cornélius), de plus en plus d’inconditionnels écument les rayonnages des bouquinistes en quête d’obscures publications des années 1970 où furent publiées Kriminal, Jézabel et quelques histoires d’épouvante. Même les albums édités en leur temps par Albin Michel commencent à se faire rares, et plus particulièrement le chef d’oeuvre de l’érotisme que restera Les Cent dix pilules. Quant à son influence, c’est Mezzo, le dessinateur du Roi des mouches, qui résume le mieux l’état des lieux : «La plupart des critiques comparent mon travail à celui de Charles Burns par méconnaissance de la bande dessinée. En réalité, mon trait découle aussi de la lecture assidue de Jack Kirby et de Magnus. Dans mon dernier album, le costume de Damien [un déguisement de squelette, NDLR] est ma façon personnelle de saluer l’auteur de Kriminal…»

extrait de “Vengeance Macumba”

Roberto Raviola appartient à la même génération de dessinateurs italiens que compte Anglioni, Guido Buzzelli, Guido Crepax, Manara et dans une moindre mesure Micheluzzi. La plupart de ces auteurs firent leurs premiers pas à travers des publications pour adultes

extrait de “Necron”

connues en Italie sous le nom de fumetti neri (littéralement «fumées noires»), appellation qui évoque le noir et blanc des dessins et les phylactères par lesquels les personnages s’expriment. L’explosion de ces bandes dessinées de l’autre côté des Alpes au début des années 1960, coïncide avec le succès rencontré par la série Diabolik des soeurs Guissani, un ersatz du Fantomas de Gaston Leroux. L’immense popularité de cette série donne alors naissance à une horde de malfaiteurs du même type parmi lesquels Kriminal, scénarisé par Max Bunker et dessiné par Magnus. Peu à peu, l’érotisme et le fantastique prennent le relais des exploits macabres. Ainsi, Satanik des mêmes auteurs inaugure une vague de titres qui, centralisées cette fois-ci autour d’héroïnes diverses, fait échos aux bouleversements de la fin de cette décennie en décrivant une sexualité outrancière.

Pendant plus de 30 ans, Magnus excelle dans de nombreuses séries populaires passant en revue presque tous les genres, du fantastique (Jézabel) aux récits d’aventures (L’Inconnu) en passant par l’humour (Allan Ford). Mais, c’est surtout à travers l’érotisme que l’auteur développe ses réflexions les plus profondes tout en apportant une réponse aux limites de la représentation du sexe.

Page suivante >

Réalisé sous Spip Retour
Hébergé par L'Autre.Net
Déclaré à la CNIL sous le n°1153442