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N°13 mai-juin 2008 page 28, BD & SOCIÉTÉ
De la censure de 1949 à la pensée unique
«Il faut interdire toute espèce de littérature génératrice d’anxiété sexuelle comme la pornographie, le roman policier et les histoires d’épouvante pour les enfants.» Wilhelm Reich, La Révolution sexuelle

«La première vertu révolutionnaire, c’est l’art de faire foutre les autres au garde-à-vous.» Jean Giono, Le Hussard sur le toit

Pour beaucoup, Mai 68 c’est le passage d’une société vieillissante à des lendemains heureux, forts de libertés et d’idéaux égalitaires.

Mais bien avant que les barricades ne se soient dressées, certains acteurs de Mai 68 collaborèrent avec leurs adversaires politiques au sein de cette machine à censurer que fut la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence.

Commission qui outrepassa largement ses prérogatives originelles en portant l’attention du ministre de l’Intérieur sur des publications réservées aux adultes et ne représentant aucune menace pour les mineurs. Voici, à travers quelques exemples, un aperçu de ce que fut cette émanation de Vichy et l’histoire de sa métamorphose, opérée par le biais du concept de «politiquement correct» inventé par la gauche américaine à l’aube des années 70.


Si l’Église catholique fut pendant longtemps synonyme de censure, d’autres clochers vinrent l’épauler dans ses combats d’arrière-garde, dressés par d’autres institutions avec de nouvelles figures de tous bords en guise de pères-la-morale. Car ne nous leurrons pas, le désir de censure est l’un des mieux partagés qui soient par l’espèce humaine.


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le gouvernement français jugea utile de donner corps à un projet datant de 1940 émanant de la «Ligue Française pour le relèvement de la moralité publique» qui avait pour vocation de veiller à la protection des mineurs et d’interdire tout ce qui serait susceptible de corrompre la jeunesse.


LE PIRE ENNEMI DE RAOUL DUBOIS

des dessinateurs et aussi des associations familiales ou des mouvements de jeunesse très zélés. Ces deux derniers furent souvent des émanations d’organisations politiques d’extrême droite ou communistes (Coeurs vaillants et âmes vaillantes, Francs et Franches Camarades (Francas), Scouts de France…) et n’hésitèrent pas à solliciter l’interdiction d’un ouvrage en fonction de leurs propres critères moraux. Parmi les personnalités politiques ayant le plus fait interdire, mentionnons tout spécialement les ministres Gaston Defferre (PS) et Charles Pasqua (RPR) ; ce dernier ira jusqu’à organiser une manifestation intitulée «L’Exposition de l’horrible» où furent mis à l’index divers magazines homosexuels, érotiques, voire pornographiques, ainsi que plusieurs bandes dessinées. Georges Marchais (PC) et Raymond Barre (UDF) firent quant à eux pression pour obtenir l’interdiction de magazines.


Enfin, même si ce fut rarement le cas, il y eut quelques dessinateurs pour voter des propositions de censure ou pour attirer l’attention de la Commission sur une bande dessinée. (Étonnamment, par exemple, Florence Cestac, Chantal Montellier, Nicole Claveloux furent ainsi les signataires d’un manifeste contre les bandes dessinées violentes et sexistes, visant tout particulièrement Liberatore et son personnage Ranxerox).


Les victimes de cette loi furent en première instance les romans noirs, les revues jugées trop explicites telles que Détective, puis les magazines traitant de sexualité, qu’ils furent pornographiques ou non comme S - l’homosexualité étant synonyme de censure sytématique -, et enfin les albums et revues de BD. Jusqu’au début des années 1960, la

Une loi ambigüe (loi du 16 juillet 1949) fut rédigée en laissant à travers son article 14, toute latitude pour étendre le champ d’application de la loi aux publications «de toute nature» et donc tous les journaux et tous les livres, y compris ceux réservés aux adultes

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Parmi les membres qui composent la «Commission de surveillance» en charge de conseiller le ministre de l’Intérieur dans l’application de la loi, on compte des parlementaires, des magistrats, des employés de ministère, des représentants d’éditeurs,



Ci-contre : GEORGES BIELEC

Commission se concentra principalement sur les productions belges dont elle pouvait interdire l’importation, comme l’album n°2 de Boule et Bill par Roba considéré trop cruel à l’encontre des animaux et ceux d’Alix par Jacques Martin, Les Légions perdues et La Griffe noire soupçonnés d’être respectivement une oeuvre de propagande d’extrême gauche puis d’extrême droite et Billy the Kid de Morris parce que l’on y voit un bébé téter un revolver.


Ces motifs invoqués - aussi authentiques qu’hallucinants -, cachaient peut-être des velléités protectionnistes au vu de la médiocrité des productions françaises de l’époque, en imposant une limitation à l’importation trop massive de matériels étrangers.


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