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N°13 mai-juin 2008 page 29, BD & SOCIÉTÉ


"L'AGNEAU AUX MILLE DÉLICE", BANDE DESSINÉE CENSURÉE DE SIMON HUREAU

Pour les périodiques de bande dessinée adaptant des bandes américaines, la Commission se limita un temps à des mises en garde visant certains illustrés comme Flash Gordon ou Tarzan, dont les éditions Del Duca durent cependant interrompre la périodicité au numéro 293 pour cause de «bestialité», consécutivement à une mise en demeure, bien qu’aucune interdiction officielle n’ait été prononcée. Le plus souvent, des studios de retouches intégrés aux maisons d’éditions eurent pour devoir d’atténuer les scènes pouvant déclencher un avis d’interdiction et tout particulièrement celles pouvant être jugées trop violentes.


Cette pratique cependant, ne permit pas à certaines séries d’échapper à l’ire des censeurs surtout quand un anti-américanisme primaire se dissimulait derrière des considérations morales surréalistes. Faute de violence, c’est la «déréalisation» des aventures de Mandrake qui fut le principal argument de Raoul Dubois - fondateur des Francs et Franches Camarades -, pour mener une croisade de 30 années contre le magicien et Les Éditions des Remparts, son éditeur.


Côté presse satyrique, Hara-Kiri entreprit lui aussi une résistance de longue haleine contre la Commission. Cette dernière appréciait peu l’irrévérence du journal et surtout sa popularité croissante. L’interdiction finit par être prononcée en dépit de quelques atermoiements.


Mais le professeur Choron et Cavanna, grâce à leur détermination et au soutien d’un grand nombre de personnalités (dont André Breton, Raymond Queneau, Pierre Daninos, Jean- Paul Sartre…) réussirent à faire plier le ministre de l’Intérieur. Fait unique, une entrevue fut programmée le 11 novembre 1966 avec le Premier ministre de l’époque Georges Pompidou au cours de laquelle le professeur Choron «promet d’être sage [sic]». Commentaire de Choron à sa sortie de l’entretien, «Ça y est, ils viennent d’ouvrir la cage des lions et les lions, ils vont mordre ! [sic]».


Et en effet, le lion rebaptisé alors L’hebdo Hara-Kiri mordit le 13 novembre 1970 en titrant à la mort du général De Gaulle son fameux Bal tragique à Colombey : un mort. Une double interdiction sanctionna le journal quelques jours plus tard, mais la réaction unanime de la presse - du Figaro à l’Humanité - appelant à la liberté d’expression, incita le Ministère de l’intérieur à faire machine arrière le 1er décembre 1970.


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“MARVEL”, LE JOURNAL AUX COULEURS
TROP VIOLENTES


C’était dans l’air du temps, cette décennie a encouragé de nouvelles entreprises éditoriales


Ainsi l’éditeur Lug, pressentant l’essoufflement des ventes de BD de poche, créa un nouveau périodique intitulé Fantask dédié aux super-héros américains : les 4 Fantastiques, le Surfer d’Argent et l’Araignée. Très rapidement, la Commission fit savoir à l’éditeur son opinion sur les revues de science-fiction «aux couleurs violentes» et à la brutalité «démoralisante pour la jeunesse».


La pression exercée sur l’éditeur incita celui-ci à saborder son magazine au septième numéro. Mais l’accueil du public et les courriers d’encouragement confortèrent Lug dans son projet éditorial. Deux nouvelles revues virent le jour à quelques mois d’intervalle, imprimées en bichromie pour ne pas prêter le flanc aux mêmes griefs : Strange et Marvel. Hélas, un nouvel examen de la Commission conclut à «l’horreur et la brutalité» de ces nouveaux titres et décréta Marvel interdit aux mineurs.


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