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10 - Mauvaises fréquentations
Le drapeau noir flotte sur la Science-Fiction

« Né en 1935, Pierre Marlson adore qu'on l'aime, a horreur qu'on l'emmerde ; habite dans la Creuse et publie depuis une dizaine d'années... » c'est ainsi que se définit Pierre MARLSON, au dos d'un de ses ouvrages. Cet auteur de SF habite à côté d'Aubusson. Il fut l'un des organisateurs d'un Festival de Science-Fiction en 1979 à Aubusson auquel participèrent entre autres Yves Frémion, Jean-Claude Forest, Mézières, Druillet, Grichka Bogdanoff, Michel Jeury... Il a collaboré à IRL (Informations Recueillies à Lyon).

Creuse-Citron : Tu es creusais depuis longtemps ?
Pierre Marison : Je suis né à Aubusson en 1935 et j'y suis toujours.

Comme quoi on peut écrire de la SF à Aubusson.
Y a pas de raison, surtout qu'actuellement on vit la révolution de l'informatique, ça peut être dangereux mais en même temps ça ramène une égalité face à l'information entre les gens où qu'ils soient. Je suis content de voir qu'un gars comme Jean-Marc Raynaud des Editions libertaires m'ait contacté par l'intermédiaire du blog « anarchie23 » qui avait échangé des infos sur moi avec le blog [Aubusson] de Jean-Noël Saintrapt. Alors ça m'a relancé parce que malgré mon âge ça m'intéresse toujours.

Tu continues à écrire ?
Oui j'ai toujours écrit depuis trente ans, j'entassais dans mes tiroirs. Du coup j'ai ressorti mes manuscrits et j'ai quinze romans à proposer.

Peux-tu nous dresser un petit tableau de la Science Fiction française de la fin des années 70 ?
Il y avait un mouvement en France qui était la SF politique : on voulait faire de la politique dans des romans, des nouvelles, des contes... Il y avait Bernard Blanc qui s'occupait de ça, il était hargneux, volontaire, antimilitariste, plus que moi (parce que dans les Compagnons de la Marciliague on est bien contents de trouver les militaires pour tomber sur les fachos, je m'amuse beaucoup avec ce genre de truc, je prends les choses à contre pied). Bon, moi j'étais là-dedans, j'écrivais de la SF et je me suis aperçu que j'étais jugé dans le coup.
C'est une période de SF qui a duré une dizaine d'années environ de 1975 à 1985 et après ça s'est tassé.
Il y avait une vraie effervescence, je lisais des nouvelles en public aux rassemblements du Larzac.
J'ai publié Les compagnons de la Marciliague en 1977, puis Désert qui est sûrement plus radical. Les compagnons c'est de la petite histoire à la Robert Merle.

Toute cette SF politique était plutôt libertaire et écologiste dans sa thématique.

Comment ça se fait que les autres courants politiques de gauche n 'étaient pas représentés ?
On rejetait tout ce qui était totalitaire. Pour des gens comme moi le stalinisme et l'hitlérisme c'est blanc bonnet et bonnet blanc.

Flash ; priorité absolue : « Une centrale atomique vient d'exploser. Le tiers d'un département est coupé du reste du pays par une barrière radioactive... ».

Que va devenir la population isolée ? Il faut survivre, et aussi vivre. Rapidement va naître une micro-société, véritable communauté libertaire. Cependant qu 'au-delà de ces nouvelles frontières, les forces de l'ordre se préparent à la reconquête future.

Sur cet échiquier, où deux types de civilisation sont prêts à l'affrontement, un pion imprévisible intervient : un ingénieur inventeur...

Moi j'ai écrit mes bouquins sur une idée très simple tirée de Michel Bakounine qui disait qu'il n'était pas communiste et qu'il ne le serait jamais. Pour justifier cette idée il disait : c'est la situation qui fait l'homme et jamais l'inverse. C'est pour ça qu'on ne peut pas être communiste parce que si on crée une situation avant de modifier l'homme on va soumettre l'homme à une tyrannie épouvantable. Bakounine était un visionnaire.
Dans mes bouquins, par exemple dans les Compagnons, il y a les militaires qui deviennent anars grâce à la situation, ceux qui veulent créer une situation c'est les fachos et c'est eux qui se font tuer.

Cette position politique tu la partageais avec les autres ?
Oui, il y avait Andrevon, René Durand, Frémion, Francis Valéry...

On retrouve des thèmes qui étaient ceux de ces année s-là : la lutte anti-nucléaire, les communautés, la recherche et la construction d'une contre culture et d'une contre société.
Je ne dis pas contre société mais autre société, essayer de vivre autrement, libres cl égaux, c'est un programme énorme.
Si on prend au sérieux les trois devises de la république, liberté - égalité - fraternité, on fout tout en l'air. Si on les applique c'est un bouleversement absolu, ça fout en l'air tous les totalitarismes, ça leur interdit d'exister, même dans l'esprit.

C'est ce que j'aime bien dans Les Dépossédés d'Ursula Le Guin. Ce bouquin m'a enthousiasmé c'est même mieux qu'un livre de théorie. On voit des personnages se poser des questions dont on n'imagine même pas qu'elles peuvent se poser. Au lieu de faire une construction un peu théorique qui débouche sur une utopie, une tyrannie, Ursula met des personnages en jeu à l'échelle de deux planètes.

Son idée géniale c'est de dire qu'il y en a une qui est la lune de l'autre, il y en a une où on a exilé tous les anars tous les gauchistes, tous les chieurs et c'est cette planète-là qui réussit. Ça c'est formidable, parce que justement Ursula se pose des problèmes concrets,

II y a un écrivain, G.-J. Arnaud, au-teur de la « La Compagnie des glaces », qui se définit comme un travailleur de la littérature et dont je trouve l'idéologie assez libertaire. Le connais-tu ?
Oui je le connais, il a des idées très très bien. C'est quelqu'un qui est très concret, il ne se voile pas la face et ne sous estime pas l'advcrsairc. Il a trouvé un cadre et système qui marchent pour développer des personnages intéressants. C'est la situation qui fait l'homme chez lui et il met en scène des individus qui sont en prise avec des systèmes policiers