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Paris 14e, Notre Dame du Travail

Située dans le quatorzième arrondissement, l’église Notre-Dame-du-Travail réunit plusieurs caractéristiques : une architecture déployant une vaste charpente métallique apparente et un décor conçu en rapport étroit avec celle-ci.

L’histoire de cette église commence au milieu du XIXe siècle. L'ancienne église paroissiale de Notre-Dame de Plaisance était située au 9 de la rue du Texel (autrefois rue Saint-Médard), dans le 14e arrondissement. Chapelle de secours construite en matériaux de bois, elle devient église paroissiale au mois de mars 1848 sous le nom de Notre-Dame de l'Assomption.
La population atteignait alors 3.500 âmes et le quartier se composait de quelques « maisons de plaisance » et de quelques guinguettes, très animées le dimanche, quand les parisiens venaient faire une partie de campagne. Ces maisons et ces guinguettes étaient disséminées au milieu des champs consacrés à la culture maraîchère. L'une d'entre elles, le cabaret de la mère Saguet, située rue du Moulin de Beurre, avait été le siège des délibérations d'un comité révolutionnaire, ayant Lamartine à sa tête, préparant les événements de 1848.

À la suite de l’annexion des communes limitrophes en 1861, la paroisse devient Notre-Dame-de-Plaisance. Agrandie en 1865, Napoléon III lui offre une cloche prise au siège de Sébastopol.

En 1897, le quartier de Plaisance connaît un formidable essor démographique, le père Soulange-Bodin déclare 35 000 habitants sur sa paroisse dans son appel à souscription.

Pour répondre aux besoins d’une population pauvre, la paroisse inaugure en 1872 un « fourneau économique » qui distribue jusqu’à deux mille repas par jour, une crèche, un vestiaire et une salle de conférence pour les ouvriers. L’endettement de la paroisse retarde la reconstruction de l’église. Le père Soulange-Bodin, nommé en 1884 vicaire de Notre-Dame de Plaisance et défenseur d’un catholicisme social, poursuit les œuvres de la paroisse et fond un patronage pour recevoir les enfants des rues, auquel s’ajoute une organisation de travail à domicile des femmes d’ouvriers. Sont fondés également une société de secours mutuel, un cercle ouvrier, une coopérative de consommation... Soulange-Bodin devient curé de la paroisse en 1896 et lance une souscription nationale pour financer la construction d’une nouvelle église.

La dédicace de la nouvelle église vient d'une proposition faite par l’un des vice-présidents de l’Union fraternelle du commerce et de l’industrie : « Si vous placiez votre église à édifier sous le vocable de Notre-Dame-du-Travail, réservant un pilier à chacune des professions industrielles ou commerciales, suivant les anciennes corporations ? ».
Des industriels et commerçants du quartier proposent de financer la réalisation d’une statue représentant Notre-Dame-du-Travail. La dédicace devait permettre de réconcilier les travailleurs et la religion, le travail et le capital.

Afin de rassembler des fonds, Soulange-Bodin lance un large appel à souscription dès 1897 et fait imprimer 100 000 prospectus dans lesquels il expose son projet. Dans ce document, dont la couverture est signée de Robert Salles, sont mentionnées les contreparties attachées aux différents montants offerts par les donateurs.

Élève de Victor Laloux, l’architecte choisi pour la réalisation de cette église est Jules Astruc. Il livre successivement trois plans qui, à chaque fois, tentent de réaliser une économie par rapport à la proposition précédente. Le choix du métal n’apparaît qu’à partir du projet de 1897. C’est un choix qui se comprend par la nécessité de rendre la construction la moins onéreuse possible. L’architecture de Notre-Dame-du-Travail ne se comprend qu’en association avec le décor intérieur qui répond de façon plus didactique à la mission apostolique du père Soulange-Bodin. La nef est flanquée de dix chapelles décorées de lignes florales peintes au pochoir. Ce décor encadre des toiles, de Giuseppe Uberti et Émile Desouches, qui représentent plusieurs saints, patrons des travailleurs et des opprimés.

Liens
- Une église au tournant du XIXe siècle et du XXe siècle
- Notre-Dame-du-Travail en panoramique
- Visite de ND du Travail sur evariste.lefeuvre

Notre Dame du Travail

L'église en 1900

Les chapelles

Les chapelles en 1900

L'entrée et l'orgue

Le chœur

St Joseph patron des charpentiers

Ossature métallique apparente

Robert Salles, couverture de la souscription

Les idées sociales de M. Soulange

Voici comment M. Soulange résumait ses idées sociales dans un article du lei mars 1896 intitulé : « Soyons de notre temps » :
Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, notre Société est en plein travail d'évolution. Dans le monde de l'industrie, l'ouvrier n'est plus que l'auxiliaire de la machine, souvent considéré lui-même comme une machine, abaissé par le marchandage, par l'immigration étrangère.
Dans le monde de l'épargne, la rente est descendue de 5 à 3 %. La gêne est dans bien des foyers. Dans le monde politique, l'autorité du clergé a perdu de son influence. Le peuple ne va plus aux prêtres, il ne connaît plus le chemin de l'église.
Dans le monde intellectuel, le scepticisme impie a pris la place d'une soif ardente de Surnaturel et d’Idéal. Il est donc impossible de traiter un homme actuel comme un homme ancien.
L'ouvrier ne peut se résoudre à rester machine, pas plus que le rentier à subir la gêne, pas plus que le prêtre à vivre clans l'inaction, pas plus .que l'intellectuel à se contenter du vague de l'esprit. Il veut sortir d'un état d'infériorité pour lequel il n'est pas fait. Il aspire à ces anciennes corporations qui lui assuraient la liberté dans le travail et dans l'aisance. Après le travail, il voudrait arriver à posséder, comme le paysan en certaines de nos régions et comme son camarade d'Amérique, son petit foyer. Il comprend que sa dignité, son indépendance familiale, dépendent de ses efforts ; et il s'agite.
Le rentier ne veut pas se contenter de l'insuffisant rapport de son argent ; il veut que l'industrie le fasse fructifier et son âme engourdie dans la sécurité se réveille et s'inquiète.
Le prêtre comprend que sa place n'est plus dans la clôture d'une sacristie ; que son rôle ne doit pas être celui d'un employé salarié, comme le voudraient ses ennemis ; qu'il doit évangéliser au lieu d'administrer et le prêtre aussi se tourne vers des horizons nouveaux...
Laissons donc gémir tous ceux qui ont peur du changement et des .méthodes nouvelles : conservateurs d'une tranquillité jalousement choyée, esprits étroits qui ne voient que les ombres du tableau sans en apercevoir les lumières, esclaves des préjugés, hypnotisés du passé qui repose en paix !...
Mais, que ceux qui ont au coeur quelque générosité et quelque foi regardent en avant et vers l'avenir.
Ouvriers, groupez-vous en corporations ! Rentiers, donnez-vous à l'industrie !
Prêtres, allez au peuple ! Intellectuels, cherchez Dieu ! Peut-être trouverez-vous la lutte et la contradiction : tant mieux !

Le texte complet à télécharger (pdf) : L’abbé Soulange-Bodin par Monseigneur Chaptal

LA VIE ILLUSTRÉE 1906 N 428
L'abbé Soulange-Bodin

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